Hôtel 4e étoile

4. Les corps chauds

Ça s’est passé il y a très longtemps. J’étudiais à temps plein, je travaillais à temps plein. Je remplaçais un chasseur dans un des hôtels de Québec, parti pour un mois. Je transportais les bagages, je conduisais les clients à leurs chambres, et évidemment, il y avait des clientes. Heureusement.
Comme celle-là qui prétendait ne pas savoir comment verrouiller la porte de sa chambre. Pourrais-tu m’aider, je ne sais pas comment ça fonctionne ? On est pas si bête, j’étais un peu vexé qu’elle me croit assez bête pour croire qu’elle était aussi bête. Évidemment, je suis entré. Servir la clientèle, le client a toujours raison, et la cliente encore plus. Me voilà donc dans la chambre, à verrouiller la porte. Je ne suis pas certaine de bien comprendre. Je reste stoïque, mais je sens que ça durcit en bas. Voilà, Madame, vous tournez d’abord cette manette… Visiblement, elle avait trop chaud pour comprendre. Elle a balancé sa veste, et pendant que je répétais les instructions, elle a trouvé le moyen de se défaire d’une blouse encombrante et d’un pantalon. La manette? IMG_7313Je lève les yeux sur elle, toujours aussi stoïque et plus dur encore. Les seins veulent sauter hors des dentelles, la culotte appelle ma main. Sauf que j’ai besoin de cet emploi, je suis fauché, je dois retourner aux valises des clients. Je voudrais bien, mais je dois… Elle me libère le bout de bois, mais je parviens à ouvrir la porte. Je me précipite dans le corridor, l’épée brandie. Au même instant, un client sort de sa chambre et me voyant, me demande des informations sur les heures d’ouverture de la piscine. Oh. Il vient de remarquer mon extension. Il sourit, et écoute les renseignements que je lui fournis, sans autres commentaires, pendant que je remballe tout en vitesse. Il est dix-huit heures trente. La soirée est tranquille. Je cours d’un étage à l’autre avec des valises, des sacs d’emplettes, et même un four à micro-ondes. Puis cet appel d’une cliente à la réception : il y a un problème avec le sauna, à la piscine. Je soupire. Je sais qu’il y a un court-circuit, et que les fusibles sautent souvent. Mais là, je mange, et je n’ai pas envie d’aller farfouiller dans le panneau électrique. Qu’est-ce que c’est, Madame? Je la sens excédée, au bout du fil. Faites votre travail, jeune homme. Et elle raccroche. Merde. Pas le choix d’y aller, ça pourrait me coûter mon poste. J’abandonne mon sandwich, et je me traîne jusqu’à la piscine, au-delà de laquelle se dressent les saunas. Femmes à gauche, hommes à droite. J’ouvre la porte du sauna hommes, rien à signaler, tout va. Habituellement, quand les fusibles sautent, la lumière et le poêle des deux saunas sont affectés.
J’hésite toujours à ouvrir la porte du sauna femmes, évidemment. Mais je n’ai pas le choix, j’ai une plainte à régler. Alors j’ouvre. Oh! Il est de dos, à genoux, et il besogne, et il ahane. Elle est étendue sur le banc, tendue. Elle geint, mais elle me voit. Vingt secondes… donnez-mois vingt… C’est la cliente de la chambre, celle qui voulait me… vingt secondes… D’accord. Pas envie de lui couper l’aboutissement une deuxième fois. J’entre, je referme la porte, que je bloque afin que personne n’entre, et j’attends. Il pousse, elle crie, il pousse, elle crie. Je regarde ma montre. Deux minutes. Faudra interrompre. Elle aperçoit mon geste, elle serre les dents. Et ça y est. Un long râle, elle s’agrippe au banc, puis retombe. Lui se relève et se termine à la main, en deux secondes. C’est le mec, celui qui s’informait sur les heures d’ouverture de la piscine. Sourires. Chacun son tour de l’avoir au vent! Il rit de sa plaisanterie, en me tapant sur l’épaule. Une goutte qui pend au bout de sa queue me tombe sur la chaussure gauche. Serviette autour des hanches, il disparaît.
Elle se relève sans se presser, désireuse, semble-t-il, que je la regarde encore. Madame. Je suis ridicule, mais faut qu’elle parte. Depuis combien de temps suis-je ici? Et si l’autre cliente rapplique? La voilà qui se rhabille, et en sortant, au passage, elle m’effleure là où je ne peux pas mentir. Quelle soirée! C’était peut-être mon deuxième ou troisième jour de travail. Comme j’étais là pour un mois, je m’attendais à d’autres aventures, j’échafaudais des façons de mieux accommoder la clientèle, mais il ne s’est plus rien passé. Que des valises ennuyeuses.

à voir

1. Frayeur bleue

2. Son chien est mort

3. Violente misère

à suivre

5. Les beaux souliers du député

coucou:

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