La banlieue: 5 KO et 1 OK

KO 4 : les visiteurs

J’avais l’habitude d’inviter la ville entière, mais personne ne me rendait visite sur la rue Fabre, à part Jack et Vicky. Ici, dans notre royal bungalow, c’est une autre histoire, surtout depuis que Vicky s’est fait installer une monstrueuse piscine qui ressemble à une marmite bleue.  Ce samedi matin, il n’est pas encore dix heures que nous visitent deux de ses cousins et leurs épouses et enfants, l’ex-mari de sa cousine Jeanne et sa nouvelle conjointe accompagnée elle-même de son frère lui-même accompagné de son fils lui-même accompagné d’un copain de classe, trois de ses camarades du boulot et leurs conjoints, son ex-colocataire. De mes copains, seul Jack viendra, mais en fin de journée seulement. Les autres, ils ne supportent pas ces rassemblements insipides et périssables. Je m’installe sur une chaise longue, à l’ombre, légèrement à l’écart du caquetage. J’avais prévu mon coup, j’ai planqué sous le balcon, derrière un amas de planches cloutées, intelligemment agencées, une glacière remplie de bières – attention les enfants, ne jouez pas par-là, c’est dangereux où je peux discrètement puiser à ma guise. Tu ne viens pas nager, Pascal? Et puis quoi? Parlons de ma tondeuse 3.5 hp, veux-tu? Non, Alex, j’ai peur de l’eau. Ça, c’est vrai, quand ça tombe dans la bière, c’est dégueulasse, surtout s’il y a beaucoup de chlore. Moi c’est pas Alex, c’est Nathan. Merci de la précision, je te jure que je m’en souviendrai encore pendant cinq minutes. Maintenant, dégage. Avec tous ces gens que je n’ai jamais vus, tu sais. C’est ça, vas-y. Et ça continuait d’arriver, la visite. Au milieu de l’après-midi, nous étions une bonne centaine, au moins. Ils avaient tout envahi, chaque centimètre carré de la maison, chaque grain de mauvaise herbe de notre jardin, ça débordait jusque dans la rue. Je pouvais presque sentir l’exaspération de la voisine, juste à côté, de l’autre côté de la haie, et pour la première fois j’espérais qu’elle éclate. Dès la tombée de la nuit, Jack est arrivé. J’ai renouvelé mon stock de bière, et nous avons planté notre drapeau là, dans la noirceur la plus totale. La frénésie ne s’est calmée que vers une heure du matin. Nous avons enfin pu savourer quelques bières dans la petite quiétude banlieusarde, Jack et moi. À trois heures quarante-quatre, nous étions à sec. Allons nous coucher, Jack. Nous pénétrons dans la maison du mieux que nous pouvons. Je pousse la porte de la chambre d’ami, et Jack s’y traîne. Bonne nuit, vieux. Il se laisse mollement choir sur le lit, du moins c’est que j’imagine. Ça va pas la tête! C’est pas la voix de Jack, c’est celle, je la reconnais, de Nathan. Il n’est pas seul dans le lit, et quelqu’un dort aussi sur le plancher. Merde. Jack revient. Prends mon hamac. Mais je me doutais bien qu’il serait occupé. Effectivement. Il y en avait partout! Sur le plancher de chaque pièce, jusque dans la baignoire! OK, Jack, aux grands maux les solutions hardies, tu dormiras sur le matelas de yoga, dans notre chambre même. Je lui expliquerai tout demain, elle comprendra. Lorsqu’elle apprendra que Jack a dormi au pied de notre lit, elle sera furieuse, mais t’as trop d’invités que je lui répliquerai. Nous entrons dans la chambre en caleçons. Putain! Il y a déjà des corps endormis au sol! Et moi, Jack, qu’est-ce que j’en fais? Je m’assois sur le bord du lit pour y réfléchir, mais je reçois des coups de pieds. Vicky, que je chuchote, c’est moi… Où je mets Jack? Je saisis un des pieds, il est poilu. Là, ça ne va plus! Je bondis… Disons que je me lève le plus rapidement que je le peux, compte tenu de ma lourdeur éthylique, et j’allume. Ils sont quatre dans le lit: le cousin à gauche, sa femme à droite, et entre eux, leurs mômes. Et Vicky? Nulle part, pas même parmi les quatre ou cinq corps qui gisent dans la chambre. C’est un signe du destin. Jack! Il dormait assis dans le corridor. Jack, c’est notre destin! Il me suit, sans comprendre. Les invités ont laissé leurs bouteilles de vin et leurs caisses de bières dans le salon, la cuisine et sur le balcon. Nous raflons toutes les bouteilles de bière pleines, nous en remplissons ma glacière, et nous buvons jusqu’au lendemain matin, à la santé des invités.

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à voir:

KO 1 : le commencement

KO 2 : la tondeuse

KO 3: la guerre

à suivre:

KO 5 : le feu

et

OK 1 : la débandade 

 

 

 

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